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Intervention de Madame Radia Jerbi dans le cadre de la rencontre-débat sur l’évolution des questions féminines en Chine et en Tunisie

 

Mesdames et Messieurs, Excellences, Mesdames et Messieurs les représentants de la République populaire de Chine, Chères participantes, chers participants,

C’est pour moi un grand honneur et un réel plaisir de prendre la parole aujourd’hui dans ce cadre qui nous réunit autour d’une question qui me tient particulièrement à cœur : les droits, l’émancipation et l’autonomisation des femmes.

Je souhaiterais commencer par préciser que mon intervention ne s’inscrit nullement dans une logique de comparaison entre les femmes chinoises et les femmes tunisiennes. Nos deux pays ont leur propre histoire, leur propre culture et leur propre parcours.

Toutefois, lorsqu’il est question des femmes, nous constatons également l’existence d’aspirations communes : le droit à l’éducation, le droit au travail, l’accès aux opportunités, la participation à la vie économique et sociale, l’accès aux responsabilités et, surtout, la possibilité pour chaque femme de construire librement son avenir.

Lors de ma dernière visite en Chine, j’ai eu l’occasion d’approfondir ma connaissance de l’évolution des conditions des femmes chinoises. J’ai pu constater que les avancées observées aujourd’hui sont le fruit d’un long processus historique et des efforts déployés, depuis des décennies afin de permettre aux femmes de faire valoir leurs droits et de participer pleinement à la construction de leur pays.

L’accès à l’éducation, au travail et à la vie économique et sociale, ainsi que la participation des femmes à la vie publique, ont constitué des étapes majeures de cette évolution et de cette ouverture.

Cette découverte m’a particulièrement intéressée, car elle nous rappelle une vérité essentielle : l’émancipation des femmes ne se réalise pas en un jour. Elle nécessite des lois, bien sûr, mais également des politiques publiques, de l’éducation, de la formation, des structures d’accompagnement et, surtout, de volonté politique et d’opportunités économiques permettant aux femmes d’exercer effectivement leurs droits.

Ce qui m’a particulièrement frappée en Chine

Au-delà des enseignements historiques que j’ai pu tirer, c’est surtout ce que j’ai observé sur le terrain qui m’a profondément marquée. J’ai découvert avec beaucoup d’intérêt une génération de femmes chinoises instruites, actives, entreprenantes et pleinement engagées dans la transformation économique et technologique de leur pays.

J’ai été particulièrement impressionnée par la place qu’occupent les femmes dans le commerce électronique et la vente en ligne. Voir des femmes utiliser les outils numériques pour commercialiser leurs produits, développer leurs activités et accéder à des marchés beaucoup plus vastes m’a particulièrement interpellée.

Cela démontre que les nouvelles technologies peuvent constituer de véritables instruments d’émancipation. Une femme qui peut utiliser Internet, présenter ses produits, trouver des clients, vendre à distance et gérer son activité dispose de nouvelles possibilités d’indépendance économique.

J’ai également été très sensible aux progrès considérables réalisés par la Chine dans le domaine de l’éducation et de la lutte contre l’analphabétisme. À mes yeux, l’éducation constitue le premier outil de l’émancipation.

Donner à une femme les moyens de s’instruire, de se former et d’acquérir de nouvelles compétences, c’est lui permettre de mieux connaître ses droits, de faire ses propres choix et de participer pleinement à la vie de la société.

Des expériences qui nous rapprochent

J’ai également découvert avec beaucoup d’intérêt le travail accompli par la Fédération des femmes chinoises en faveur de l’autonomisation des femmes. Les initiatives visant à accompagner les femmes dans leurs activités économiques, à encourager l’entrepreneuriat, les start-up, les coopératives, le commerce électronique et la vente en ligne m’ont rappelé, à bien des égards, le travail que nous menons en Tunisie au sein de l’Union Nationale de la Femme Tunisienne.

Nous partageons une même conviction : l’émancipation passe par l’autonomie. L’autonomie économique en constitue l’une des conditions essentielles.

Au sein de l’Union Nationale de la Femme Tunisienne, nous œuvrons également à accompagner les femmes, à renforcer leurs capacités, à encourager leurs initiatives et à leur permettre d’accéder à une plus grande autonomie économique.

C’est pourquoi, en découvrant certaines expériences chinoises, je n’ai pas ressenti de distance entre nos deux réalités. Au contraire, j’ai perçu une réelle proximité dans nos préoccupations et nos ambitions. Nous avons beaucoup à partager.

S’inspirer sans copier

Je suis profondément convaincue que l’expérience d’un pays ne doit pas nécessairement être reproduite à l’identique par un autre. Elle peut être observée, comprise, adaptée et transformée en source d’inspiration.

L’expérience des femmes chinoises peut ainsi constituer, pour nous Tunisiennes, une référence particulièrement intéressante dans plusieurs domaines, notamment celui du commerce électronique et de l’utilisation des nouvelles technologies au service de l’autonomie économique des femmes.

La Tunisie possède elle aussi ses acquis, son expérience et ses propres atouts. Notre objectif doit donc être de mettre en commun nos expériences afin d’identifier des solutions adaptées à nos réalités respectives.

Vers une coopération plus forte

C’est pourquoi je souhaite formuler aujourd’hui un vœu. Je souhaite que les relations entre la Fédération des femmes chinoises et l’Union Nationale de la Femme Tunisienne se renforcent davantage.

Je souhaiterais que nous puissions développer des échanges d’expériences, des programmes de formation, des rencontres entre femmes entrepreneures et, pourquoi pas, des projets communs dans les domaines du commerce en ligne, du numérique, des coopératives et de l’autonomisation économique.

Nous pourrions notamment réfléchir ensemble aux moyens d’aider davantage les femmes tunisiennes à utiliser les outils numériques pour valoriser leurs produits, accéder à de nouveaux marchés et développer leurs activités.

Il s’agirait d’une coopération concrète, utile et porteuse d’avenir.

Conclusion

Je voudrais conclure en exprimant ma profonde satisfaction d’avoir eu l’occasion, lors de ma dernière visite en Chine, de mieux connaître les femmes chinoises et de découvrir une partie de leur parcours, de leurs réalisations et des efforts qui ont contribué à leur émancipation.

Cette expérience m’a appris que lorsque nous investissons dans les femmes, nous investissons dans l’avenir de nos sociétés.

Je souhaite donc que l’expérience des femmes chinoises continue de nous inspirer, nous Tunisiennes, et que nous puissions, à notre tour, partager nos expériences avec elles.

Je souhaite que nos deux organisations se rapprochent davantage, que nos femmes se rencontrent, échangent leurs savoir-faire et construisent ensemble de nouveaux projets.

Non pas pour copier un modèle, mais pour nous inspirer mutuellement.

Non pas pour nous comparer, mais pour progresser ensemble.

Non pas pour nous limiter aux intentions, mais pour bâtir une coopération concrète.

Dans le domaine du commerce en ligne et de l’autonomisation économique des femmes en particulier, je suis convaincue que nous avons beaucoup à apprendre les unes des autres et beaucoup à construire ensemble.

Je forme donc le vœu que cette rencontre ne constitue pas une conclusion, mais le début d’un nouveau chapitre de coopération entre les femmes chinoises et les femmes tunisiennes.

Je vous remercie.

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