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?La France est-elle colonisée par Israël

Depuis plusieurs années, un discours circule de plus en plus fréquemment dans l’espace public et sur les réseaux sociaux selon lequel la France aurait perdu sa souveraineté et serait désormais « colonisée » ou « contrôlée » par Israël. Présentée comme radicale, voire subversive, cette affirmation mérite pourtant d’être examinée à partir des faits historiques et politiques. Car loin d’éclairer les rapports de domination, elle tend surtout à en inverser le sens.

La colonisation ne se réduit pas à une simple influence idéologique ou diplomatique. Elle désigne un système structuré de domination, qui peut prendre des formes directes ou indirectes.

 Si la colonisation classique reposait sur l’occupation territoriale, la dépossession des populations autochtones, l’exploitation économique et la hiérarchisation raciale, le néocolonialisme en constitue aujourd’hui une forme contemporaine, fondée sur la dépendance économique, monétaire, politique et militaire.

Ces logiques s’exercent principalement dans les rapports Nord–Sud.

La France ne les subit pas : elle les pratique.

La relation entre la France et Israël ne relève donc pas du néocolonialisme, mais d’une alliance entre puissances intégrées au même ordre impérial occidental.

La France demeure un État pleinement souverain, disposant de l’ensemble de ses leviers politiques, diplomatiques, militaires et économiques. Parler d’une « colonisation de la France » relève donc d’un contresens historique, qui ne correspond ni aux définitions classiques de la colonisation ni à celles du néocolonialisme.

Pour comprendre les choix actuels de l’État français, il est indispensable de rappeler l’ampleur de son histoire coloniale. La France a été l’une des principales puissances impériales des XIXe et XXe siècles, exerçant une domination sur des territoires situés sur tous les continents.

En Afrique, elle a colonisé et dominé durablement l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Elle a également colonisé l’ensemble des territoires suivants en Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et la Mauritanie. En Afrique centrale, la domination française s’est exercée sur le Tchad, la République centrafricaine, le Congo-Brazzaville, le Gabon et le Cameroun. À cela s’ajoutent Madagascar et les Comores.

Aux Amériques, la France a colonisé les Antilles, contrôlé la Guyane et participé à la colonisation de l’Amérique du Nord, notamment au Québec, alors appelé Nouvelle-France.

Si le français y est encore parlé aujourd’hui, ce n’est pas le fruit d’un simple échange culturel, mais le résultat d’une imposition coloniale.

En Asie, la France a constitué l’Indochine française, regroupant le Vietnam, le Laos et le Cambodge, au prix de guerres, de répressions et d’une exploitation économique systématique. Dans le Pacifique, elle a colonisé notamment Kanaky (Nouvelle-Calédonie), où la colonisation de peuplement et la dépossession foncière ont profondément bouleversé les équilibres démographiques et politiques, au détriment du peuple kanak, ainsi que la Polynésie française.

Cette histoire coloniale est indissociable de l’esclavage. Pendant plusieurs siècles, la France a organisé la déportation et l’exploitation de populations africaines dans les Antilles, en Guyane et dans l’océan Indien. Ce système reposait sur une racialisation juridique niant l’humanité même des personnes réduites en esclavage.

 Ses effets structurent encore aujourd’hui les rapports sociaux, économiques et raciaux, aussi bien dans les territoires concernés que dans l’Hexagone.

Contrairement à un récit officiel qui présente la colonisation comme un épisode révolu, la France continue par ailleurs d’exercer une domination directe sur plusieurs territoires, parmi lesquels la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, Mayotte et Kanaky.

À cela s’ajoute un néocolonialisme toujours actif, en particulier en Afrique, prenant la forme de contrôles monétaires, de présences militaires, d’ingérences politiques et de dépendances économiques durables. La colonisation française n’est donc pas seulement un héritage historique, mais une structure encore opérante.

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le soutien français à Israël. L’erreur centrale du discours affirmant que la France serait « contrôlée » par une puissance extérieure consiste à imaginer une contrainte imposée de l’extérieur. En réalité, ce soutien repose sur des choix effectués par des responsables politiques, des institutions et des cadres idéologiques français.

Autrement dit, la France n’est pas dominée par Israël : elle agit en fonction de ses propres intérêts.

Cette position s’inscrit dans une cohérence historique et stratégique. Israël est un État colonial de peuplement, intégré à l’ordre impérial occidental. La France le soutient parce qu’elle se reconnaît dans ce type de projet et parce qu’elle y trouve des intérêts géopolitiques au Moyen-Orient. Il s’agit d’un alignement stratégique, non d’une perte de souveraineté.

Les faits le confirment. Lorsque ses intérêts sont directement menacés, la France sait parfaitement s’opposer à ses alliés. Elle l’a fait en 2003 en refusant de soutenir l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis. Elle l’a également montré lorsque certaines actions israéliennes au Liban entraient en contradiction avec des intérêts français, notamment liés à des entreprises comme TotalEnergies.

Ces épisodes rappellent une réalité simple : la France n’est pas impuissante. Elle arbitre en fonction de ses propres intérêts.

Présenter la France comme une victime « colonisée » permet ainsi d’éviter une critique plus dérangeante : celle de sa responsabilité historique et actuelle dans l’ordre impérial occidental.

Ce récit blanchit l’impérialisme français, efface la continuité coloniale et détourne l’analyse vers un ennemi extérieur fantasmé. Il ouvre également la voie à des lectures complotistes qui affaiblissent, plutôt qu’elles ne renforcent, les luttes anticoloniales et la défense du peuple palestinien.

Nommer cette réalité est une condition essentielle pour construire une critique réellement décoloniale, rigoureuse et émancipatrice. La France n’est pas dominée par une force extérieure qui lui serait imposée. Elle agit en cohérence avec son histoire, ses structures et ses intérêts.

 Elle n’est pas dominée par les sionistes : la France est sioniste, parce qu’elle est une puissance coloniale qui reconnaît dans l’État d’Israël un prolongement de l’ordre impérial auquel elle appartient.

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