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Evgueni Gaber : Une nouvelle architecture de sécurité en mer Noire

Une nouvelle architecture de sécurité en mer Noire : observations de terrain et perspectives stratégiques.

Au cours de ma période de recherche en décembre et janvier, j’ai eu l’opportunité de me rendre en Turquie, en Bulgarie, en Roumanie et en Moldavie, et de consulter des experts géorgiens.

Lors de réunions à huis clos et de discussions avec des institutions telles que le German Marshall Fund (GMF), l’ECFR, l’OTAN Géorgie et l’Institut d’Ankara, une question s’est imposée : où en sommes-nous en matière de sécurité en mer Noire, et quelle est la prochaine étape ?

Voici les points essentiels qui ont émergé de mes observations de terrain :

1- La mer Noire n’est plus une zone périphérique.

La mer Noire a définitivement cessé d’être une « région périphérique » et s’est transformée en une zone de conflit hybride avec la Russie (et indirectement la Chine), centrée sur les dimensions militaire, économique et énergétique. Cependant, la région continue de raisonner de manière fragmentée. Plutôt qu’un cadre de sécurité commun, chaque pays envisage la mer Noire à travers le prisme de ses propres contraintes politiques internes et de ses désaccords historiques.

2- Turquie : Signes de « leadership » en matière de sécurité européenne.

Ankara démontre sa volonté de jouer un rôle plus proactif en mer Noire et en Europe, notamment face au déclin de l’influence américaine sur le continent.

* Puissance navale : L’industrie de défense et le complexe naval turcs connaissent un essor considérable. L’achat de corvettes turques par la Roumanie en décembre (une première pour un pays membre de l’OTAN) en est l’exemple le plus concret.

* Exportations et production : Actuellement, 39 navires militaires sont en construction en Turquie. Le contrat d’un milliard de dollars avec l’Indonésie prouve que la Turquie est un fournisseur mondial de puissance navale.

* Obstacles : Cependant, la concurrence avec la France et les problèmes persistants avec la Grèce et Chypre freinent la pleine intégration de la Turquie aux projets de sécurité et aux mécanismes de financement de l’UE.

3- Évolution des rôles de l’UE et des États-Unis

* Union européenne : Annonce d’une nouvelle « approche stratégique » et d’un centre de sécurité maritime pour la mer Noire. Toutefois, les contraintes budgétaires et l’exclusion de la Turquie de ce processus (la Turquie n’a eu connaissance du document qu’une semaine avant sa publication) accroissent le risque que cette stratégie reste lettre morte.

États-Unis : L’espoir d’une stratégie systématique pour la mer Noire en 2023-2024 a cédé la place à une réduction progressive de la présence américaine dans la région.

4- Ukraine : Un véritable acteur de la sécurité.

L’Ukraine, grâce à une approche asymétrique (véhicules sous-marins autonomes et technologies de pointe), a détruit un tiers des capacités navales russes, faisant basculer l’équilibre des forces en mer Noire en faveur de la Turquie et de l’OTAN. Ce succès a engendré une dynamique qui a affecté non seulement le nord, mais aussi le Caucase du Sud, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

5- Initiative trilatérale (Bulgarie-Roumanie-Turquie)

L’élargissement du mandat du groupe de déminage Trio (MCM Mer Noire), évoqué en janvier, est crucial. Sa mission ne doit pas se limiter au déminage ; elle doit également inclure des patrouilles pour protéger les infrastructures énergétiques critiques dans les zones économiques exclusives (comme le projet Neptune Deep en Roumanie).

Cinq points stratégiques essentiels pour l’avenir

: * Se débarrasser des illusions : même avec un cessez-le-feu de courte durée, les objectifs stratégiques de la Russie resteront inchangés. La Russie constituera toujours une menace systématique et à long terme pour la mer Noire.

* Le régime des détroits (Montreux) : la Turquie doit maintenir son régime de fermeture des détroits jusqu’à la libération de l’ensemble du territoire ukrainien (y compris la Crimée). Le maintien de la fermeture des voies de navigation devrait faire partie des obligations de « garantie de sécurité » de la Turquie envers l’Ukraine, afin d’empêcher la Russie de reconstituer son potentiel maritime.

* Bouclier aérien et maritime : plus de 40 % des navires commerciaux en mer Noire appartiennent à des compagnies turques. Les attaques contre les infrastructures portuaires ciblent directement la Turquie et l’OTAN. Par conséquent, l’établissement d’un « bouclier aérien » au-dessus de la mer Noire et la mise en place de patrouilles maritimes par un groupe Trio sont essentiels pour la navigation civile.

* Production conjointe de défense : Investir dans l’industrie de défense ukrainienne – notamment dans les systèmes sans pilote, les plateformes navales autonomes et les capacités de frappe en haute mer – est le moyen le plus rapide de contrer l’agression russe dans la région.

* Assaut économique et flotte parallèle : Les mesures cinétiques et juridiques contre le transport illégal de pétrole par la Russie via sa « flotte parallèle » doivent être intensifiées. La Russie doit être systématiquement privée de ses profits économiques.

Remarque : Ces analyses stratégiques sont issues d’un travail de terrain que j’ai mené sur différentes rives de la mer Noire.

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